En me les communiquant, le docteur Vautier, qui examine pour la seconde fois les clichés, se montre au fur et à mesure surpris. L'infiltrat du tiers supérieur du poumon et la caverne précédente sont bien disparus. Seules des traces cicatricielles demeurent. Devant ma joie, prudent le praticien dit vouloir attendre les résultats des cultures des vingt-cinq septembre et sept octobre derniers, avant de crier victoire. Pour ma part, j'ai en tête que mon troisième vaccin ART (le second en poudre) doit me parvenir mi-décembre.

Début novembre, je quitte la position alitée diurne, retrouve ma liberté de circulation intérieure et extérieure au sanatorium et j'ai accès à la cure de l'après-midi qui débute, chaque jour, à quatorze heures. Les deux heures de chaise longue sous épaisseur de trois couvertures, offrent un délicieux moment de silence et de beauté des lieux. Je ne manque pas de méditer sur nombre de sujets, mais celui qui me tient le plus à cœur est le lien entre un être humain et sa santé. Non seulement, dans le métro parisien, haut lieu de la densité multi-microbienne, on ne décède pas tous les jours, non seulement tout un chacun n'est pas atteint par le redoutable bacille de Koch, mais une observation récente m'a confirmé les différences d'évolution entre personnes atteintes.

En effet, j'ai, à l'heure de la toilette, rencontré un grand type bâti comme un athlète : épaules larges, torse bien développé, musculature témoignée par l'ensemble d'un corps bien fait. Comparé à lui, je fais figure de rachitique. Alors, quelle n'est pas ma surprise d'apprendre qu'il est soigné depuis plus d'un an et que ses deux poumons sont atteints de plusieurs cavernes.

J'en viens à penser que l'organisme de chacun, dispose de moyens spécifiques différents ou plutôt, en fonction de systèmes de définition identique, d'une capacité différente vis à vis des agressions extérieures des microbes. Mais mon approche, très intuitive s'arrête là et il me faudra attendre une dizaine d'années pour découvrir le livret, paru aux éditions Que-sais-je ? du Professeur Raymond Kehl concernant le rôle des différentes glandes endocrines et des hormones...

Par ailleurs, lors des heures de liberté et de promenades en montagne, je passe de longues heures, avec un autre agent d'Air France, rédacteur au Siège de la Compagnie. Auvergnat d'origine, de taille moyenne, un visage au front large doté de deux yeux très mobiles, âgé d'une cinquantaine d'années, affublé d'un invalidant pied bot, Jean Agut, est une personne très cultivée. Soucieux de justice et de progrès, au caractère à la fois rigoureux, exigeant et déterminé, mais tolérant à l'opinion d'autrui et sensible à l'humour, ce franc-maçon fièrement proclamé, est un homme de qualité.

Au fur et à mesure de nos entretiens, au cours desquels il m'apprend beaucoup, soit en littérature, ou plus simplement s'agissant d'Air France, constatant mon attention, il me prend, progressivement en estime et, me manifeste une pudique amitié. La façon dont je me suis comporté vis à vis de mon éventuelle thoracoplastie l'a très intéressé et rendu joyeux J'ai également retenu son attention intellectuelle en lui faisant part de la peine que j'avais, par instants, ressenti à la lecture du roman, L'amour de rien, récent Prix Renaudot, de Jacques Perry, récemment offert par le Comité d'entreprise d'Air France. Enfin, je me suis ouvert à lui de ma situation familiale. À cette occasion, j'ai observé la tristesse prise par son visage. Puis, il s'est ressaisi à sa façon habituelle :

« Dis donc, p'tit , il ne faut pas s'attarder sur les choses tristes, elles nous rongent... il ne faut pas qu'elles aient le dernier mot...., Compris ! »

Mon esprit bien occupé et mon moral retrouvé n'ont pas vu passer le mois de novembre et les trois premières semaines de décembre. À la réception, mi décembre, de mon second vaccin ART en poudre, mes préoccupations concernant le résultat des examens en cours concernant les tubages me reprennent de nouveau. Bien qu'en pleine forme suite à toutes ces ballades en forêt, je deviens un peu nerveux.

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