Quand l'infirmière, en fin de matinée du vingt-trois décembre me dit d'aller voir le docteur Vautier, je n'en mène pas large. Mais le sourire, inhabituel, qui éclaire le visage du docteur, à mon arrivée dans son bureau, et sa proclamation immédiate faite à haute voix, achèvent de m'émouvoir:

« Alors là, plus d’interrogation possible... après quatre-vingt dix jours écoulés, la culture sur animal est demeurée négative... nous avons gagné... félicitations!.. »

Le soir de Noël, j'étais présent ainsi qu'une vingtaine de personnes à la cérémonie dans la petite chapelle où jusqu'alors, je n'étais pas venu... Alors que ma voix couvrait les autres voix, en chantant Douce nuit, le docteur Shipmann, présent, aux cotés de sa très jolie épouse, me regarde en souriant de tout son cœur. Je lui rends le sentiment à mon tour....

J'ai le cœur rempli de bonheur.

Moment rare ou l'on semble accéder à l'infini en ressentant comme une protection divine.

Première quinzaine de janvier, le docteur Schipmann me communique les résultats de la seconde culture bactériologique. Il me confie être très satisfait du dénouement de mon affaire. Sur l'instant, je suis tenté de lui parler du vaccin ART, mais par crainte d'effacer cette sorte de complicité établie entre nous, je reste coi. À titre de définitive précaution, le médecin me recommanda de demeurer en cure encore dix semaines.

Mon départ du sanatorium est en conséquence, planifié pour fin mars. Quelques jours avant, comme la tradition l'observe, je suis invité à déjeuner par l'équipe médicale. C'est un agréable moment, à la suite duquel le docteur Schipmann me remet différentes pièces intéressant mon séjour en postcure à Coubert et un certificat résumant mon parcours santé. On pouvait y lire ceci :

« Tuberculose du tiers supérieur du poumon gauche. Après cinq mois de trithérapie, sans succès, Les importantes lésions et la cavité n'ont régressées qu'avec un pneumothorax entretenu de façon transitoire, et de longs mois de repos en sanatorium. Au total, guérison inespérée du malade. »

À la suite de ce certificat, je serai réformé définitivement. Au moins éviterai-je de participer à ce pénible conflit que, par hypocrisie, on appelait « les événements d'Algérie ».

Curieusement, le fait de quitter le sanatorium est un mélange de joie et de tristesse. Je viens de vivre des moments intenses, difficiles, mais utiles pour la suite.

Je n'ai eu que deux visites extérieures en sept mois. Il me semble que je quitte cet endroit avec un caractère plus trempé.

Avant de monter dans la voiture qui doit me conduire à la gare, c'est d'un regard embué que embrasse avec émotion, pour la dernière fois, les superbes et bienfaiteurs sapins de la forêt de Joux.

À mon retour à Créteil, je fus reçu affectueusement par mon père et par le couple formé par Roger et sa récente épouse. Je pris possession de la chambre voisine du meublé qu'ils habitaient au second étage de l'immeuble voisin. Mon séjour de post-cure à Coubert débutai lundi prochain.

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