AU DELÀ DES BOUCHURES
Le séjour passé à Coubert dura six mois et fut très profitable. J'y avais retrouvé le regretté Guy Poutet, mécanicien moteur de la promotion précédente. Joueur de trombone qui avait fait partie de l'orchestre de Jean Prunier, était un musicien féru de jazz type New Orleans. Au bout d'un mois, nos journées se partageaient entre révision détendue de certains cours suivis à Vilgénis et ballades dans le parc du château. Le soir, en chambre commune, admiratifs et insatiables, nous écoutions une émission de jazz de Radio Sottens qui durait une heure. Le p'tit père Poutet, (c'est ainsi que je l'appelais), était quelqu'un de sensible, posé, original et sympathique. Nous passâmes ensemble des moments amicaux très agréables.
Poutet et moi reprirent le travail à Orly début octobre mille neuf cent cinquante quatre.
Puis un jour, un jour d'été où l'on pense que la vie est belle, je fus informé du décès de Jean Agut. Celui-ci s'était suicidé, à son domicile, au retour du sanatorium. En apprenant la nouvelle et durant plusieurs jours, m'interrogeant, je demeurai bouleversé...
En 1998, j'eus au téléphone, à quelques jours d'intervalle, le docteur Claude Schipmann, puis le docteur Maurice Amestoy. Chacun d'eux, dorénavant retraité et veuf, avait conservé mémoire et vivacité d'esprit.
Le premier vivait toujours dans le Jura, le second, qui me confia devenir progressivement aveugle, était en maison de retraite, près de Maisons Laffite. Je dis à chacun ma reconnaissance et mes sentiments amicaux. Ce furent deux moments d'émotion intense.
- 75 -