armoire, table et deux lits de quatre-vingt dix centimètres, qui va être la mienne après avoir été celle de ses deux enfants. Elle me fait visiter la salle de bains, à l'état impeccable, à laquelle j'aurais accès. Puis, elle ouvre, sans entrer, la porte de sa chambre. Au dessus du lit, un beau tableau rectangulaire offre, d'emblée, un superbe nu à, l'intimité tout juste voilée. Je ne sais refréner un murmure d'appréciation. D'une voix légèrement hésitante, détournant alors son regard, mais en souriant, comme pour s'excuser, elle me précise qu'il s'agit bien d'elle jeune, le tableau ayant été réalisé par un ami de son mari.

Après examen d'autres points d’intendance, dont les dispositions intéressant le petit déjeuner et le montant du loyer, madame François me donne son aval à un aménagement que je fis le jour même.

Ainsi commencent deux années confortables et satisfaisantes quant à la qualité de mon logement et de mes conditions de vie. Suite à mes problèmes de santé, j'ai décidé, sauf exception, de ne pas sortir le soir pendant deux ans et de ne pas boire d'alcool. Par contre, en reconnaissance de ce qu'a fait pour moi la Compagnie, pendant deux ans, je suis déterminé à m'investir totalement au travail.

Dans cet esprit, en ayant en tête l'éventualité de futurs examens, dès le début de l'année mille neuf cent cinquante cinq, je m'inscris au cours de mathématiques par correspondance d'Eyrolles, proposé gratuitement par Air France. Bien que n'ayant pas forcé mon talent, ni obtenu d'excellentes notes suite aux corrigés des exercices, cette reprise me sera cependant favorable lors de l'examen d'agent technique de décembre de la même année.

Le calme de ma nouvelle habitation et ce confort, nouveau pour moi, incitent, il est vrai, plus à la rêverie et à la lecture qu'à l'étude scientifique. Sur l'incitation de Louis Raynal, qui loge à l'angle opposé du même parc, mais que je ne rencontre qu'en fonction des coïncidences de nos horaires respectifs, je me suis abonné au Livre du mois. Cette collection, de qualité, me permet de découvrir, à rythme mensuel, de nouveaux auteurs. Je commence ainsi, timidement, mais avec volonté, à me constituer une bibliothèque future.

Le jardin de ma propriétaire, parfaitement entretenu, avec l'aide d'un voisin retraité, ajoute encore à mon plaisir. Dès le printemps où un majestueux cerisier, dans l'axe de la fenêtre de chambre, offre une superbe floraison. L'été, avec ses fruits, et jusqu'à l'automne avec la perte de ses feuilles, je passe de longs moments à le contempler.

Je me plais parfois à suivre du regard ma propriétaire en train de ramasser, au fil des saisons, avec patience et application les cassis, les groseilles, les mirabelles, abricots puis les poires lourdes et juteuses, d'arbres en espaliers, fruits dont elle faisait, avec talent ses confitures. Puis, étendu sur mon lit, il m'arrive souvent, comme j'en ai pris l'habitude en cure, en scrutant les magnifiques paysages de la forêt de Joux, de méditer longuement sur la beauté de certaines choses, le sens des situations, des personnes et la signification des instants vécus...

Cependant, ma propriétaire demeure gérante appliquée en toutes choses et tous domaines. Et les agréables moments des conversations, échangées, l'été sous la véranda de sa cuisine le plus souvent à mon retour du travail, n'interdisent pas, chaque fois qu'elle le juge utile, les mises au point ou reproches. Ces jours là, un bonsoir volontairement bref, précède un automatique :

« Ah ! Dites donc, il faut que je vous dise, il y a quelque chose qui ne va pas... »

Madame François, sur le mode d'un procureur, mais sur un ton presque musical, volontairement mesuré, développe alors, toujours avec franchise, ses doléances, intéressant le plus souvent sur la tenue de ma chambre ou l'état, quelque peu dévasté, de mon lit au réveil.

Une fois, par pure fantaisie, j'ai l'idée de dormir dans le second lit de la chambre. La femme de ménage me rapporte en souriant, qu'en découvrant la situation, Madame François s'est demandée à quoi pouvait correspondre ce manège et si j'avais l'intention de changer de lit. Le soir même poussant son interrogatoire à fond, ma propriétaire n'obtient comme seule réponse que j'ai voulu faire un essai pour voir si mon sommeil serait plus calme, dans ce nouveau lit.

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