AU DELÀ DES BOUCHURES
Alors que nous nous retrouvons tous les deux, seuls, au bureau, je m'avance vers le vieil homme qui écrit, tout en sifflotant doucement :
« Est-ce que je peux vous demander de m'expliquer le sens d'un mot, plus précisément du mot occultisme, Monsieur Le Somptier…? »
« Ah ! Voilà une curieuse question. Mais pour vous répondre simplement, je dirais que c'est ce qui relève de ce que l'on appelle le paranormal, les sciences occultes ou, pour être plus simple et plus précis : l'alchimie, l'astrologie, la divination, la voyance comme on dit … »
Il vient de prononcer le mot que j'attends depuis le début de l'entretien, mais je me demande bien comment je vais bien pouvoir accrocher sur ce terme sans déclencher sa méfiance. Peu inspiré dans ma stratégie, un peu faux jeton, je me laisse aller à une pratique allusive :
« Ah ! Oui, la voyance, c'était déjà le sujet de discussion de la semaine dernière... Personnellement, je suis incapable de dire si ça existe réellement... Et pourtant, je voudrais bien savoir... »
L'ancien marque un temps d'arrêt, hésitant sans doute quant à comprendre ce que j'aimerais savoir.
Puis, il pose ses lunettes et commence lentement à les nettoyer avec le coin de son mouchoir. Il semble vouloir m'entendre aller plus loin, tandis que je suis de plus en plus désireux d'aboutir...
Je me lance une dernière fois :
« C'est vrai que si je connaissais un voyant, j'irais volontiers le consulter... car dans la situation où je suis, ... d'ancien tuberculeux... reclassé pour l'instant en préparateur, je me fais bien du souci concernant mon avenir, que ce soit sur le plan santé...ou sur le plan carrière...
Monsieur Le Somptier remet ses lunettes et appuie ses deux bras sur le bureau. Il semble méditer quelques instants. Soudain, il respire profondément, et tourne vers moi un visage grave, me fixant plusieurs secondes avant de parler à nouveau :
« Jeune homme, vous m'êtes sympathique, mais le sujet que vous abordez n'est pas anodin. Je comprends vos interrogations et tout ce qui peut vous soucier après l'épreuve qui a été la vôtre...
Interroger son avenir n'est pas sans risque. Imaginez que vous trouviez quelqu'un qui ait un peu de capacité à vous répondre, comment allez vous réagir si les informations qu'il vous délivre ne vous conviennent pas ? C'est délicat pour les deux parties, vous savez... »
Suite à cette déclaration précise, je demeure muet, tentant de réfléchir. Mon interlocuteur, marque également un temps d'arrêt, semblant poursuivre une réflexion devenue silencieuse.
Soudain, se ravisant, il se tourne vers moi, et après avoir mis ses lunettes en sautoir, m'interroge de ses deux yeux plissés avant de me lancer, un peu vivement :
« Dites donc, toute cette discussion ne viendrait-elle pas de quelque chose que vous auriez entendu dire... »
Je ne réponds pas, passant discrètement sur la défensive. Mon interlocuteur poursuit : -
« … je veux dire, entendu à mon sujet...? » Penaud de voir mon manège découvert, je balbutie ce qui veut ressembler à une réponse :
« C'est un peu ça, certains disent que … que vous avez un don... »
L'ancien prend son temps, réfléchit avant de répondre, et se radoucit pour dire enfin un ton plus bas :
« Un don ..., je ne sais pas, mais une aptitude peut-être... que, sachez le, je redoute toujours un peu d'ailleurs, … mais puisque vous semblez si fortement demandeur, je vous inviterai à la maison, et là on verra ce que je peux faire... »
Puis, sortant un calepin de sa poche, l'ancien consulte un petit calendrier. Après quelques secondes de réflexion, il précise soudain :
« Tenez, pas ce samedi là, mais le samedi d'après si ça vous va, on essaiera d'examiner votre cas, vous viendrez chez moi à Savigny-sur-Orge... Arrivez entre neuf heures quarante cinq et dix heures. Tenez, voilà l'adresse. Et, motus, je compte sur votre discrétion... »
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