Rassuré, je place mes feuillets dans une chemise et je fonce à nouveau au bureau du Père Boelher livrer mon travail. Pendant le trajet, le tracassin resurgit à l'idée d'être devant le vieux1...

Gisèle Bourot, la secrétaire, est seule. Son patron est présentement en réunion au building. Je lui montre la chemise et son contenu et lui demande de bien vouloir mettre le dossier en évidence sur le bureau du chef, de façon à ce qu'il constate que je n'ai pas tardé à donner suite à sa demande.

La jolie secrétaire m'offre un grand sourire complice et m'assure que ce sera fait. Mon cœur bat à nouveau, mais ce n'est plus pour la même raison...

Le lendemain, en fin de matinée, je passe un coup de fil et me déplace à nouveau pour demander à la belle et sympathique Gisèle de m'informer de la réaction du vieux. Décontractée, elle m'explique qu'il a consulté le dossier, qu'il n'a fait aucun commentaire et l'a rangé dans son bureau.

En riant, et au courant de mon questionnement et de mes craintes, elle ajoute qu'il a certainement voulu me donner une petite leçon, et qu'il m'a bien fait marcher …

« Marcher, tu plaisantes Gisèle... Il m'a fait courir... Fais lui comprendre que la leçon a porté …»

Gisèle continue de se marrer gentiment. Je regarde sa belle chevelure, j'observe, à la dérobée, son très beau corsage2 qui pose de passionnantes questions au jeune que je suis... et regrette de ne pas avoir quatre ou cinq ans de plus...

1 surnom respectueux donné au célèbre et apprécié Willy Boelher.
2 emprunt au poète/écrivain Scarron, qui parlait ainsi de la belle poitrine de sa jeune épouse Françoise d'Aubigné, future Madame de Maintenon.

Je n'ai revu Monsieur Boelher qu'un an plus tard. Je me préparai à aller saluer ma future épouse, au rez-de chaussée du building. Il discutait alors avec Monsieur Bavoux, devant entrée du bâtiment .

Je les saluai respectueusement tous les deux. Souriant, Willy Boelher me tendit alors la main que je serrai avec plaisir, et Jean Bavoux en fit autant.

Willy Boelher, que je ne devais plus avoir l'occasion de revoir, décéda, avant l'âge, une dizaine d'années plus tard.

Jean Maurin, alors en charge des études outillages de l'organisme de grand entretien, parrain de son enfant, fit une quête dont on dit le rendement exceptionnel.

Les F.F. ∆ ne furent pas les seuls à regretter ce grand bonhomme.

 - 95 -