une quinzaine d'agents, placés sous l'autorité de Charles Duménil, cadre aimablement surnommé Dudu. À la séparation des activités de PV et GV, j'ai été affecté à ce service.

Sept personnages, soit six agents de maîtrise et le chef de service, participent, à mon sens, par leur personnalité et/ou leur travail, à donner le ton d'un groupe majoritairement sympathique. Ce groupe est complété par des préparateurs « matières » et des employés administratifs, population moins turbulente que celle que je vais vous présenter.

Roger Dombre, ancien dessinateur industriel curieusement reclassé Agent Administratif Qualifié, au voisinage de la quarantaine, émerge par la qualité de son travail, la pertinence de ses remarques empreintes de bon sens et d'expérience, et son discret sens de l'humour. En charge de l'échelon central, il assure, avec finesse et tact, l'intérim du chef pendant les congés et stages de ce dernier. Il apparaît comme un sage. Toujours très bien mis de sa personne, Roger Dombre porte toujours, et le plus naturellement du monde, une pochette blanche à sa veste

Roger Gauvin, proche de la trentaine, militant communiste et délégué syndical convaincu, toujours prêt à prendre cause pour l'emploi et combattre l'injustice réelle ou supposée, dialecticien rompu à toutes les situations, le plus souvent tiré à quatre épingles par le bénéfice d'une épouse qui tient un pressing, exerce, avec mesure voire retenue, ses talents au bénéfice de la chaîne Bréguet 763.

Agréable et généreux collègue, il supporte avec patience, voire tolérance, mes doutes sur l'humanité du petit père des peuples et l'avenir de la révolution bolchevique. C'est le seul, dans le bureau, à dénoncer à haute voix, la guerre avec le Vietnam...

Pierre Anselme, méridional de trente cinq ans portant accent et saveur de Saint Vallier, délégué du personnel CGT, à la fois lucide et tolérant, effectue avec bonhomie, les tâches au bénéfice de la chaîne de révision des L.1049. Son intérêt pour la langue française et la poésie, l'entraîne parfois à réciter à haute voix, voire à chanter quelques passages d'auteurs. Quand, par goût du français, je m'autorise à formuler une suite originale à certaines de ses prestations, il ne manque jamais de la reprendre, mais assortie d'une finale souriante lancée à haute voix :

« Ah ! Jeune, ton goût de la métaphore te perdra... ».

Et les sourires détendus de l'assistance terminent ces agréables moments.

Pierre Topenas, dit le père Top, nord méridional, à l'esprit vif de trente cinq ans, ancien élève d'École Nationale Professionnelle, traite avec dynamisme, talent et efficacité les problèmes éventuels des équipes de l'atelier des Moyens Généraux (Menuiserie, sellerie, Peinture). Désirant passer cadre, régulièrement, et de façon ouverte, il manifeste le désir de changer de poste, et même d'organisme, afin de tenter d’accélérer sa carrière

Yvon Lebel, ancien chaudronnier, puis chef d'équipe nommé agent technique qualifié, au voisinage des quarante cinq ans, est sans conteste, de tous, le personnage le plus haut en couleurs. Avec Roger Dombre, il appartient à l'échelon central.

Rompu à tous les usages visant à rassurer la hiérarchie sur son taux d'occupation, il ne fait aucun déplacement sans un dossier sous le bras ou quelques feuilles à la main. Lorsqu'il prend partie sur la validité d'un document ou qu'il est conduit à arbitrer une situation, l'analyse rapide et superficielle qu'il effectue vise d'abord à trouver un accord à moindre effort des parties et, en désespoir de cause, si possible, en finale, un responsable à vocation de coupable.

Ayant, à son avis, alors cerné le réputé fautif, sans méchanceté aucune, mais avec une pratique large et systématiquement immodéré du lieu commun, et du vite fait bien fait, il recherche un compromis à minima et attend les répliques du tremblement de voix initial.

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